La littérature norvégienne

Voici quelques incontournables de la littérature norvégienne. Les exemples que je vous donne ici n'ont rien d'exhaustifs, ce sont juste ceux qui me semblent les plus marquants.

J'espère que ces lectures vous apporteront du plaisir et quelques éclairages sur la Norvège.

Herbjorg Wassmo (1942-)

Cette écrivain contemporaine, déjà lauréate de plusieurs prix, est l'une des plus lues en Norvège à l'heure actuelle. L'ouvrage qui l'a faite connaître en Norvège, mais aussi à l'étranger, est la trilogie de Tora. Les trois volets qui constituent cette trilogie sont :

  • La véranda aveugle
  • La chambre silencieuse
  • Ciel cruel

Ces trois ouvrages racontent l'enfance et l'adolescence meurtries de Tora, née des amours d'une norvégienne avec un soldat allemand au cours de la deuxième guerre mondiale et violée par son beau-père. Le cadre de l'histoire : un petit village de pêcheurs dans le nord de la Norvège. L'histoire est extrêmement touchante et la manière d'écrire d'Herbjorg Wassmo est simple, directe et efficace. Ses descriptions sont d'une grande justesse et nous donnent une vision très aiguë des souffrances de Tora et de sa lutte pour trouver un univers rassurant, mais aussi de la vie rude, au quotidien, d'un petit village de pêcheurs dont les habitants sont souvent condamnés à acheter leur nourriture à crédit et se battent sans cesse contre les intempéries.

Pour ceux qui auront apprécié le style d'Herbjorg Wassmo, sachez qu'il existe une deuxième trilogie, Le livre de Dina, tout aussi poignante et passionnante que la première.

  • Les limons vides
  • Les vivants aussi
  • Mon bien-aimé est à moi

Elle a en commun avec la trilogie de Tora le fait qu'elle traite de l'enfance meurtrie. Dina est marquée à vie par la mort accidentelle de sa mère, mort dont elle est indirectement responsable. Il en résultera une femme impulsive et violente, presque diabolique. Cette histoire fascinante est racontée avec force par Herbjorg Wassmo dont le style incisif s'affirme dans cette trilogie. De magnifiques tableaux mélodramatiques, brossés au vitriol.

Romans norvégiens

Les romanciers norvégiens obtiennent un certain succès auprès du grand public, dans leur pays comme à l'étranger.

Le livre de Dina est suivi de Fils de la providence (en 2 tomes) qui raconte l'histoire du fils de Dina et de L'héritage de Karna (en 3 tomes) qui raconte celle de la fille du fils de Dina.

Sigrid Undset (1882-1949 - Prix Nobel de littérature en 1928)

L'ouvrage qui a valu le prix Nobel de littérature à Sigrid Undset est la magnifique histoire de Christine Lavransdatter, grande saga du Moyen-Age scandinave. L'histoire se déroule en trois volets :

  • La couronne
  • La maîtresse de Husaby
  • La croix

Moeurs sociales et religieuses de l'époque, traditions, costumes, conspirations politiques, combats, chevaliers, bravoure... tous les ingrédients du roman médiéval y sont et tout y est décrit avec une grande précision historique. Mais il ne faut pas s'y tromper, l'histoire de Christine Lavransdatter revêt un caractère bien plus intemporel qu'elle n'en à l'air et n'est pas sans faire écho à l'expérience même de Sigrid Undset en tant que femme. La passion, l'amertume, le désespoir, le refuge de Christine dans le catholicisme forment un curieux parallèle avec ce qu'a connu Sigrid Undset. Christine est un personnage profondément humain et courageux auquel on ne peut que s'attacher.

Un conseil, évitez d'acheter la traduction parue chez Stock. Elle est de médiocre qualité et gâche passablement la lecture de cette très belle histoire.

Knut Hamsun (1859-1952 - Prix Nobel de littérature en 1920)

Bien que l'homme fut grandement controversé en raison de ses sympathies nazies, l'écrivain reste une grande figure de la littérature norvégienne et l'oeuvre qu'il a laissé derrière lui est considérable. Il est dur de faire un choix parmi les ouvrages de Knut Hamsun, mais en voici deux que j'ai particulièrement appréciés : Pan et Faim.

De ma cabane, j'apercevais un fouillis d'îles, d'îlots et de récifs, un peu de mer, quelques pics de montagnes bleuissantes, et derrière ma cabane il y avait la forêt, une forêt immense. J'étais plein de joie et de reconnaissance à la senteur des racines et des feuilles, au fumet gras du pin qui évoque l'odeur de la moelle ; ce n'est que dans la forêt que tout en moi se faisait calme, mon âme perdait ses aspérités et s'emplissait de puissance. Jour après jour, je marchais par les collines, Esope à mes côtés, et je ne souhaitais rien d'autre que de pouvoir continuer de marcher là jour après jour bien que le sol fût encore à moitié couvert de neige et de boue humide." (Pan - Knut Hamsun)

Voilà qui résume parfaitement l'histoire de Pan, à savoir celle du lieutenant Thomas Ghlan, qui vit comme un ermite dans une cabane avec pour seule compagnie celle de son chien, Esope. Mais le principal personnage dans cette histoire, ce n'est pas Ghlan, mais la nature, celle du Nordland. Ce livre, qui n'est en fait qu'un long poème en prose, est un véritable hymne à la nature. Une nature où l'homme ne vit que par les sens, où il redevient animal et libre.

L'ambiance de la forêt investissait mes sens, je pleurais d'amour et j'en étais tout content, j'étais éperdu de remerciements. Ô bonne forêt, mon foyer, paix de Dieu, je vais te dire de tout mon coeur... Je m'arrêtai, me tournai dans toutes les directions et nommai, en pleurant, des oiseaux, des arbres, des pierres, des herbes et des fourmis, par leur nom [...]. (Pan - Knut Hamsun)

Faim, c'est l'histoire d'un malheureux écrivain torturé par la faim. Hamsun nous entraîne dans les états d'âme de ce pauvre homme, dans son errance à la fois physique et psychologique, dans ses divagations, ses alternances d'euphorie et d'abattement, dans sa recherche désespérée de l'inspiration... Un tableau d'un grand réalisme psychologique.

[...] On aurait dit qu'une veine avait éclaté en moi, les mots se suivent, s'organisent en ensembles, constituent des situations ; les scènes s'accumulent, actions et répliques s'amoncellent dans mon cerveau et je suis saisi d'un merveilleux bien-être. J'écris comme un possédé, je remplis page sur page sans un instant de répit. [...] Cela continue à faire irruption en moi, je suis tout plein de mon sujet et chacun des mots que j'écris m'est comme dicté." (Faim - Knut Hamsun)

La seule chose qui me tourmentait un petit peu, c'était tout de même la faim, malgré les nausées que me donnait la nourriture. Je me mis à ressentir un appétit éhonté de nouveau, une vorace envie de manger qui ne cessait d'empirer. Elle me rongeait impitoyablement la poitrine, un travail silencieux, étrange se faisait à l'intérieur. Ce pouvait être une vingtaine de fines bestioles minuscules qui se mettaient la tête d'un côté et rongeaient un peu, puis mettaient la tête de l'autre côté et rongeaient un peu, restaient un instant parfaitement immobiles, recommençaient, se foraient un passage sans bruit et sans hâte et laissaient des étendues vides partout où elles passaient... (Faim - Knut Hamsun)

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